Bureau des Mines et de l'Energie
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Publication sur les Carrières en Haiti - Numéro 1 - Mai 1998
 
 
  • Numéro 1 - (Mai 1998)
  • Numéro 2 - (Juin 1998)
  • Numéro 3 - (Mai 1999)
  • Numéro 4 - (Juillet 1999)

  •   
    Les Carrières de sable: Richesse ou plaie?  
     
  • Situation des exploitations
  • Situation des exploitants
  • Situation du transport
  • Situation Socio-économique
  • Situation environnementale

  • Que faire face à de tels constats? 
     
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    Responsable de la publication:  
    Claude Prépetit, Ingénieur 
    Le mot du Directeur

    LA PROBLÉMATIQUE DE L'EXPLOITATION DES CARRIÈRES DANS LE DÉPARTEMENT DE L'OUEST
      
    Situation des exploitations  

    Depuis la cessation de l'exploitation de la bauxite à Miragoâne en 1982, l'exploitation des carrières de roches et de sable est considérée, jusqu'à aujourd'hui, comme la plus importante des activités extractives entreprises en Haiti. Dans l'ensemble, les carrières représentent une véritable industrie dont les principaux indicateurs sont les suivants:  

    Ø Les roches et les granulats sont extraits sur tout le territoire national, soit dans les lits de rivières, soit sur les flancs des montagnes. Dans les villes de province, l'exploitation s'effectue, en grande partie, dans les lits de rivières, alors que dans le Département de l'Ouest et plus particulièrement à Port-au-Prince et ses environs où la demande est la plus forte, l'extraction s'effectue à 80% dans les montagnes et à 20% dans les rivières bien que les matériaux provenant de ces dernières soient considérés comme les meilleurs pour la fabrication des bétons de ciment.  

    Ø A Port-au-Prince et ses en-virons où les données sont disponibles, les carrières en activité sont localisées au Morne l'Hôpital (versants Nord et Sud), au Carrefour Dufort, à Fond Parisien (Est de Port-au-Prince), au Morne à Cabrits, aux Sources Puantes, à Ti Tanyen, à Lafiteau et à Montrouis. En ce qui a trait aux matériaux allu-vionnaires, ils sont extraits essen-tiellement dans les lits vifs de la Ri-vière Grise et de la Rivière Momance.  

    Ø Il a été dénombré dans le Département de l'Ouest près d'une cinquantaine de carrières en activité. 

     
    Elles produisent annuellement environ 1.7 millions de m3 de matériaux dont 12% de roches, 15% de remblai et 73% de sable. Cette production représente 80% de la production nationale estimée à plus de 2 millions de m3/an, soit une consommation de 0.30 m3/hab./an , dans les pays industrialisés elle est estimée à environ 4 m3/hab./an. 
    Ø La production du Département de l'Ouest est fournie à 24% par les carrières du versant Sud du Morne l'Hôpital (Laboule et Désiré), 17% par les Sources Puantes, 16% par le versant Nord du Morne l'Hôpital (Sanatorium, Fontamara, Décayette), 14% par la Rivière Grise, 11% par le Fond Parisien, 6% par le Carrefour Dufort et 12% par les autres régions. Il est à noter que le Morne l'Hôpital (versants Nord et Sud) fournit à lui seul près de la moitié de la production du Département.  
    Production de granulats dans le Département de l'Ouest
     
    Ø La production de roches est estimée annuellement à plus de 200.000 m3 pour le Département de l'Ouest. Les roches sont prélevées à 71% dans les montagnes (roches litées) et à 29% dans les rivières (roches roulées). La plus grande région productrice de roches est celle des Sources Puantes qui fournit près de 46% de la production totale. Ces roches proviennent de l'écaillage du versant Sud des Matheux sur une distance de 20 km de route en longeant la Nationale no. 1, entre les Sources Puantes et Sources Matelas.  

    Ø La production de granulats à Port-au-Prince et ses environs a augmenté de 95% de 1983 à 1990. Une baisse de production de 24 % a été enregistrée entre 1990 et 1995 (période d'embargo ). Le nombre de carrières a augmenté de 52% entre 1983 et 1990 et de 17% entre 1990 et 1995, malgré la baisse de production signalée pour la même période. En fait, la production se double chaque dix (10) ans: 455.000 m3 en 1973, 935.000 m3 en 1983 et 1.700.000 m3 en 1993. La même tendance a été observée pour la consommation du ciment: 127.000 tonnes en 1973, 262.000 tonnes en 1983 et environ 750.000 tonnes aujourd'hui .  

    Ø Le tiers des exploitations de carrières à Port-au-Prince se fait par voie semi-mécanisée (chargeur, bull-dozer). Elles accusent une produc-tion supérieure à 150 m3/j et four-nissent près de 70% de la production de la région. Les autres deux tiers sont des carrières artisanales à faible production (20 à 150m3/j) exploitées en sous-cavage et de façon anarchique avec des outils rudimentai-res ( pics, pelles, pioches).

    Tableau 1: Production journalière moyenne des carrières du département de l'Ouest (BME mars 1997)  
      
    Aires d’exploitation
    Sables 
    (m3)
    %
    Roches 
    (m3)
    %
    Remblais 
    (m3)
    %
    Total 
    (m3)
    %
    Versant Sud Morne l’Hopital
    1072
    26
    96
    14
    188
    23
    1356
    24
    Versant Nord Morne l’Hopital
    832
    20
    22
    3
    21
    3
    875
    16
    Carrefour Dufort
    344
    9
    2
    --
    --
    --
    346
    6
    Sources Puantes
    659
    16
    324
    46
    --
    --
    983
    17
    Fond Parisien
    588
    14
    4
    --
    --
    --
    592
    11
    Morne à Cabrits
    125*
    3
    --
    --
    --
    --
    125*
    2
    Rivière Grise
    174
    4
    75
    11
    510
    62
    759
    14
    Montrouis
    125*
    3
    --
    --
    --
    --
    125*
    2
    Tapion/Fond doux
    80*
    2
    --
    --
    --
    --
    80*
    1.5
    Rivière Froide
    --
    --
    80*
    11
    --
    --
    80*
    1.5
    Autres 
    100*
    3
    100*
    15
    100*
    12
    300*
    5
    TOTAL
    4099
    100
    703
    100
    819
    100
    5621
    100
      (* valeur éstimée) 

    Situation des exploitants  
      
    Ø Plus de 95% des carrières sont exploitées par des personnes physiques, propriétaires du sol ou liées aux propriétaires par des contrats d'affermage.  

    Ø Aucun des exploitants ne détient un permis d'exploitation comme le réclame l'article 6 du décret du 2 mars 1984 réglementant les exploitations.


    Situation du transport  
      
    Dans le Département de l’Ouest, le nombre moyen de transporteurs à fréquenter quotidiennement les zones d’exploitation est de 703. 25% de ces véhicules sont des "canters" de capacité inférieure à 5 m3 et 75% sont des camions de plus de 5 m3 (jusqu'à 16 m3). Environ 38% de ces véhicules effectuent plus d’un voyage ou d’un chargement dans une carrière ou dans plusieurs zones d’extraction, d’où la difficulté de donner avec précision le nombre exact de camions s'adonnant au transport et au commerce du sable. Toutefois, le flux journalier moyen de transport de matériaux de carrières est estimé à 971 aller à vide dans les carrières et à 971 retours chargés, soit un total de 1942 camions /jour.  

    Le flux de transport le plus élevé à été enregistré à Laboule. En effet, la route de Pétion-Ville/Laboule reçoit quotidiennement 33% des véhicules assurant le transport des matériaux .  

    Ø Le Carrefour Shada, à La Plaine du Cul-de-Sac, est le point de convergence des camions en provenance des Sources Puantes, Découverte, Morne-à-Cabrits, Fond Parisien et Rivière Grise. Le tronçon qui mène au centre-ville reçoit quotidiennement 40% des transporteurs.  

    Ø La flotte des transporteurs de sable dans le Département de l’Ouest utilise près de 20% du gasoil consommé par le transport routier national, soit l’équivalent de 3 millions de dollars américains/an.  
     


    Situation Socio-économique  
    Les matériaux extraits se sont avérés des produits de base indispensables à l’économie. Ils assurent à tous des services en raison de leurs utilisations dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics. En effet:  

    Ø D’après l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique (IHSI), la branche d’activité Bâtiments et Travaux Publics (BTP) a subi des accroissements de 17.2% en 96 et de 11.4 % en 97. Le BTP a représenté plus de 10 % du PIB en 96 et 11.5 % en 97. Rappelons que le taux de croissance du PIB en volume a été de 2.8% en 96 et de 1.1% en 97, accroissement dû en grande partie à la branche BTP.  

    Ø La valeur ajoutée de la branche Industries extractives cons-tituée en grande partie de sable et de roches a enregistré une hausse de près de 9% en 96 et de 10.5% en 97.  

    Ø Le commerce du sable est une activité lucrative car l’exploi-tant d’une carrière artisanale ne supporte aucun coût d’exploitation, il partage les revenus de la vente avec les piocheurs et ne paie aucune taxe à l'Etat haïtien.  

    Ø Un propriétaire de carrière non mécanisée est assuré d’un revenu journalier de 150 à plus de 600 gourdes.  

    Ø Plus de 180.000 gourdes de salaire sont distribuées chaque jour aux piocheurs et aux pelleteurs. Ceci représente un revenu annuel total de plus de 50 millions de gourdes.  

    Ø Un travailleur gagne au minimum 20.00 gourdes par char-gement d’un camion de 5 m3. S’il arrive à charger seulement deux (2) camions au cours d’une journée, il réalise déjà un montant supérieur au salaire journalier fixé par la loi qui est 36.00 gourdes.  

    Ø En 1973, le m3 de sable se vendait à 4.00 gourdes à la carrière, en 1983 il était à 5.00 gourdes, en 1993 à 10.00 gourdes et aujourd’hui à plus de 50.00 gourdes.  

    Ø Les matériaux exploités sont vendus au point d’extraction pour un montant de plus de 250.000 gourdes par jour, soit un chiffre d’affaires annuel de plus de 75 millions de gourdes.  

    Ø La production journalière est livrée sur des chantiers par des camions et vendue pour un montant de plus de 1.3 millions de gourdes soit un volume annuel de vente de plus de 400 millions de gourdes à la livraison. Il est à noter que c’est le transport des matériaux qui coûte cher ( 5 fois le prix d’achat).  

    Ø L’exploitation des matériaux de carrières n’est sujette à aucune taxation.  

    Ø Dans un pays où le taux de chômage est supérieur à 70% l’ouverture d’une carrière est devenue une source d’emplois, où il est possible d’em-baucher directement 5 à 20 personnes par carrière et où le commerce informel de nourriture se crée automatiquement  

    Ø Dans le Département de l’Ouest, entre 3.000 et 4.000 individus vivent directement de l’exploitation des carrières. Ils sont utilisés à titre de piocheurs, pelleteurs, contrôleurs et conducteurs d'engins.  

    Ø Une région en exploitation peut rendre des services à la population qui utilise par exemple les camions de sable pour le transport des écoliers et de l’eau où il n’existe pas de transport public et de réservoir d’eau potable.

    Tableau 2 : PIB en milliers de gourdes de 1976 suivant les secteurs liés à la construction (Source IHSI)  
      
    BRANCHES D’ACTIVITES
    1992 - 1993
    1993 – 1994
    1994 – 1995
    1995 -1996
    1996 –1997
    Industries extractives
    6555
    6021
    7356
    8074
    8922
    Bâtiments et Travaux Publics
    318138
    303048
    398230
    466769
    520272
    PIB au prix du marché
    4525046
    41501189
    4334338
    4451111
    4502116

    Situation environnementale  
    L'exploitation des matériaux de carrières est conduite généralement de façon anarchique et sauvage dans le mépris total des règles techniques mêmes élémentaires. Dans le Département de l’Ouest et surtout dans la région métropolitaine où l’on rencontre plus de 75% des carrières, l’impact sur l’envionnement est particulièrement néfaste:  

    v Défiguration des paysages de mornes entourant la capitale.  

    v Accélération de l’érosion en zone sensible.  

    v Nombreux accidents dûs à une technicité des exploitations trop rudimentaire (éboulements et glissements de terrain).  

    v Difficultés futures de remise en état des carrières après une exploitation anarchique.  

    v Erosion de berges et perturbation du régime des eaux d’étiage et de crues par les gravières installées dans le lit des rivières.  

    v Risques d’accidents dûs au transport des matériaux.  

    v Pollution de l’air, détérioration des chaussées et entreposage anarchique des matériaux sur la voie publique.  

    L’évaluation de la dégradation de l’environnement résultant de l’impact de l’exploitation des carrières est bien évidemment très difficile à chiffrer, en particulier dans les conditions économiques actuelles où elle n’est vraiment perçue que par les habitants des résidences environnantes et par les touristes. Toutefois, l’image négative de ces carrières qui blessent les mornes visibles de la capitale accentue le sentiment d’une dégradation générale de l’environ- nement et nuit à l’image de marque touristique de Port-au-Prince.  

    Outre ces conséquences générales reconnues désastreuses pour l’environnement, il existe encore des problèmes particuliers à chaque zone d’exploitation et qui méritent des solutions urgentes, vu l’ampleur des dégats constatés.  
     

    Que faire face à de tels constats?  
      
    Ces données fournies dans ce panorama nous amènent à considérer les carrières tantôt comme une richesse tantôt comme une plaie. Il importe aujourd'hui de se tourner vers l'avenir car dans dix (10) ans encore, suivant l'impulsion donnée au développement des infrastructures, la consommation de granulats va doubler ou même tripler. Si rien n'est fait maintenant, le nombre des transporteurs subira certainement une augmentation et il sera de plus en plus difficile de circuler sur les principales artères de la région mé-tropolitaine sans être inquiété par ces "poids lourds". On continuera à assister avec impuissance aux pertes de vies humaines dues aux éboulements enregistrés dans les carrières. Et l'environnement continuera bien sûr à se dégrader et notre pays, à se désertifier au point que ces ressources naturelles non renouvelables, mal exploitées et gaspillées, vont commencer à se raréfier avec toutes les consé-quences qu'une telle pénurie peut entraîner sur le secteur Bâtiment et Travaux Publics.  

    Le Bureau des Mines et de l'Energie dont l'une de ses missions principales est de promouvoir la recherche et l'exploitation des ressources minérales et énergétiques d'Haïti, lance un appel à tous les concernés et les enjoint à appliquer des méthodes rationnelles permettant une meilleure gestion des matériaux, des carrières et de l'environnement 

    La Politique nationale en ma-tière d'exploitation, de transport et de commercialisation des matériaux de carrières se veut un instrument régulateur visant à CONCILIER LE DEVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTU-RES ET LA PRESERVATION DE L'ENVIRONNEMENT. Les objectifs fondamentaux de cette Politique sont de:  

  • Assurer une meilleure gestion des réserves disponibles
  • Veiller à ce que les carrières soient exploitées de façon rationnelle dans les zones autorisées par l'Etat
  • Assurer, dans les meilleures conditions possibles, la continuité des approvisionnements du marché des matériaux
  • Veiller à ce que les inconvénients et nuisances, les risques d'accidents dûs aux exploitations et au transport soient réduits à un niveau aussi faible que possible
  • Veiller au rapport qualité/prix au bénéfice des utilisateurs
  • Sauvegarder l'environnement en faisant procéder à la réhabilitation des carrières abandonnées ou en cours d'exploitation
    • Les stratégies de cette Politique seront définies dans un Plan directeur conçu par le Bureau des Mines et de l'Energie mais reflétant les préoccupations de l'Etat haïtien et du secteur privé lié aux différents secteurs de la construction.  
      Il est indispensable d'agir maintenant en vue de préserver et de protéger nos ressources et notre environnement
     
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    Dieuseul Anglade, ing. Directeur Général 
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    Delmas 19, Rue Nina # 14  P. O. Box 2174   
    Port-au-Prince, Haíti (WI)   
    Tél:  (509) 46-2853 / 46-2249 / 461163   Fax: (509) 46-2459   
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    14/04/99
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