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    Bulletin trimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie   Novembre  1998  
  Premier numéro 
 
 Revue Synergies

Dans ce numéro:
  • Page de couverture Numero 1

  •  
  • Editorial

  •  
  • L’engagement de l’Etat haïtien dans la solution des problèmes énergétiques du payspar Dieuseul Anglade 

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  • Dossier : Situation de l’énergie domestique en Haïti par Wilfrid St-Jean et Peter Young

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  • Historique des tentatives menées en Haïti sur les réchauds à charbon amélioréspar J-Y 

  • Terlinden 
     
  • Résolutions prises sur l’énergie et l’environnement par Wilfrid  St-Jean

  •  
  • Que dit la théorie économique au sujet des programmes de diffusion des réchauds à charbon améliorés ? par J-Y Terlinden

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  • Vente de réchauds améliorés à de Port-au-Prince 
     
     
     
     
     
    Dossier : Situation de l’énergie domestique en Haïti 

    Wilfrid Saint-Jean, BME et Peter Young, CARE 

    Ce dossier comprend plusieurs volets que nous allons passer en revue successivement dans les trois pages qui viennent. Pour mieux comprendre la place de l’énergie domestique dans le bilan global de la consommation d’énergie en Haïti, nous analyserons d’abord brièvement les sources d’énergie utilisées au plan national avant de placer la loupe sur le secteur domestique et tenter d’analyser ses caractéristiques principales.  
     

    LES SOURCES D’ENERGIE UTILISEES EN HAITI 

    Il existe deux grandes catégories d’énergie en Haïti. La première comprend les énergies produites localement qui représentent 80% de la consommation totale d’énergie du pays. La source principale de cette première catégorie est ce qu’on appelle la biomasse, qui comprend le bois de feu, le charbon de bois et la bagasse. La seconde comprend les énergies importées qui représentent les 20% restants du bilan total. Ce sont les produits dérivés du pétrole : essence, gazoil, GPL et kérosène. 

    Où partent les énergies… 
    On peut distinguer quatre secteurs d’utilisation de l’énergie. Le principal étant le secteur domestique (70%), suivi de l’industrie, des transports et de la production d’électricité(cfr. graphe).  Sources d'énergies en Haïti
     
    Comment lire ces chiffres ? 

    Une analyse rapide de ces chiffres globaux ne peut que souligner combien Haïti dépend du bois. Ce n’est pas là une dépendance voulue mais une nécessité résultant de l’absence des ressources qui permettraient d’augmenter les importations de produits pétroliers. Le pays n’a pas les moyens de transformer la structure de sa consommation énergétique; il est incapable d’assumer l’augmentation de ses importations de produits pétroliers. 
    Or, en tant que telle, cette consommation à prédominance ligneuse est catastrophique en termes écologiques. On est bien là dans le noeud gordien du problème ; ce noeud qui, comme disait Balzac, " ne se dénoue pas mais que le génie tranche"… 
    suite: 

     

     L’ENERGIE DOMESTIQUE

    Par énergie domestique, on entend énergie utilisée par les ménages et les petites entreprises : les "manje kwit", les boulangeries, les blanchisseries (dry cleaning),…

    La consommation de bois est encore plus élevée dans ce secteur : la biomasse représente en effet 95% de la consommation énergétique des ménages et des petites entreprises, bien loin de l’électricité ou du gaz.

    Les ménages en consomment 82% et les petites entreprises se répartissent les 18% restants.

    Ensemble, les ménages et les petits restaurants de rue (les "manje kwit") consomment 300.000 tonnes de charbon de bois chaque année en Haïti. Ce total représente un peu plus de deux sacs de charbon par mois pour chaque ménage. Le charbon est l’énergie utilisée depuis des siècles dans les villes. Il jouit d’avantages indéniables, outre celui de l’habitude : son prix et sa simplicité d’emploi. Mais le charbon est aussi - et surtout - le facteur majeur de la déforestation d’Haïti. C’est une énergie qui épuise le pays et qui, de surcroît, ne peut être produite sans un gaspillage énergétique considérable : 60% de l’énergie du bois part en effet en fumée lors de sa transformation en charbon. De plus, les terrains privés d’arbres sont exposés à l’érosion, ils deviennent moins fertiles et ne permettent plus de retenir l’eau en cas de forte pluie, d’où des risques accrus d’inondations. Répondre à la demande permanente des villes n’est donc plus tenable pour les campagnes, pourtant cette demande continue de croître au rythme de 5% par an (taux équivalent à celui de la croissance démographique des villes).

    Origine du charbon

    Les régions du Nord et du Centre ont longtemps fourni la majeure partie du charbon, mais ces régions sont aujourd’hui de plus en plus dépourvues d’arbres. La production s’est alors déplacée : une grande partie des sacs proviennent aujourd’hui du Sud (Grand’Anse). La grande pauvreté des campagnes contribue fortement à encourager la production : l’argent du charbon de bois permet aux paysans de compenser des revenus agricoles en baisse. Sa production représente en effet pour les campagnes une importante source de revenus pour des milliers de personnes. Le charbon crée également de très nombreux emplois dans la distribution et la vente. On peut estimer le revenu annuel total tiré du charbon de bois à 75 millions de dollars US par an, dont le tiers revient aux paysans qui l’ont produit. Le secteur agricole a évidemment un rôle important à jouer pour augmenter les revenus et réduire ainsi le besoin de vendre du charbon. Ces efforts doivent cependant être complétés : il faut à tout prix parvenir à réduire la demande de charbon, autrement dit... sa consommation !
     

    Un phénomène urbain

    Seuls 26% de la population haïtienne consomment du charbon de bois et la très grande majorité habite Port-au-Prince (71%) qui, à elle seule, en consomme environ 550 tonnes par jour, soit 80 camions chargés chacun de 250 sacs ! Le nombre des "manje kwit" augmente toujours dans les rues de Port-au-Prince, on les estime à plus de dix mille ; leur consommation s’ajoute à celle des ménages et le mode de cuisson le plus répandu reste, de très loin, le réchaud à charbon traditionnel. Dans les villes secondaires d’Haïti, le modèle de consommation énergétique est comparable à celui de la capitale (charbon de bois prédominant) à une différence près : la proportion des ménages utilisant le gaz et le kérosène pour la cuisson des aliments est encore plus réduite et la consommation de bois de feu, plus répandue.

    Alternatives : le gaz et le kérozène ?

    La consommation annuelle de Gaz à Pétrole Liquide (GPL) en Haïti tourne autour de 6500 tonnes. Des études montrent que ce chiffre a très peu varié ces dix dernières années, et ce malgré les efforts consentis par Shell lors de l’introduction d’un réchaud à gaz simplifié fonctionnant sur des bonbonnes de six livres, le "Bip Tichéri", entre 1990 et 1993.

    La consommation en gaz ne représente en effet que 8% de la consommation énergétique totale des villes. Il faudrait la multiplier par 12 (!) pour que le gaz se substitue au charbon... En comparaison, la République Dominicaine (pop.: 7.8 millions) consomme 74 fois plus de GPL que Haïti (pop.: 7.2 millions), ce qui indique que le GPL y est utilisé par les ménages tant urbains que ruraux.

    PERSPECTIVES ENVISAGEES POUR LE SECTEUR DOMESTIQUE

    Considérations générales

    Si on le compare au niveau de vie de la population, le coût des combustibles de cuisson est extrêmement élevé en Haïti. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : tout d’abord la chaîne de commercialisation du charbon de bois qui, en multipliant les intermédiaires, augmente d’autant le prix final du charbon. Ensuite la structure monopolistique du gaz liquéfié (GPL) et l’étroitesse de ce marché. Enfin l’ignorance, par la majorité de la population, des avantages importants liés à l’utilisation du kérosène.

    La croissance urbaine rapide a modifié radicalement la demande en combustibles domestiques. Cette demande reste cependant très peu sensible aux variations de prix. L’étroitesse du marché résulte principalement de la faiblesse des revenus et donc de l’absence de possibilité d’épargne par les ménages. Cela a d’importantes conséquences sur la consommation. La majorité des consommateurs d’énergie dans le secteur domestique est forcé de s’approvisionner au détail. Le charbon de bois est acheté par marmite, le bois par trois brindilles, le kérosène par flacon médicinal et, à cause de cette habitude de consommation, la vente du GPL régresse du fait qu’il ne permet pas de pratiquer ce type d’acquisition.

    Coût d’un réchaud à gaz ou à kérosène

    L’investissement initial à consentir pour l’achat d’un foyer à gaz ou à kérosène limite considérablement l’accès à ces équipements aux couches les plus défavorisées de la population. Et l’absence de mécanismes de crédits appropriés renforce encore cette situation. En clair, il coûte cher à un ménage d’être pauvre. On sait, par exemple, que l’eau achetée par bidon coûte beaucoup plus cher que l’eau distribuée par les réseaux publics. Les changements dans la demande à travers l’information des usagers sont d’autant plus difficiles que le niveau d’analphabétisme est élevé et les moyens de communication faibles. Les actions de promotion favorisant les économies de charbon de bois ainsi que des solutions de substitution par des combustibles importés n’ont pas eu les résultats escomptés. Ainsi, la campagne publicitaire de promotion du réchaud monofeu à gaz butane (le "Bip Tichéri" de Shell) n’a pas pu maintenir les bons résultats du début à cause du retrait, d’une part, des subventions de l’Etat et, d’autre part, à cause d’un système de distribution et d’un prix du combustible non adaptés au niveau de revenu des utilisateurs de ce réchaud.

    Echec jusqu’à présent du gaz et du kérosène 

    Malgré les campagnes massives de publicité, l’adoption de produits de substitution s’est révélée un échec. Les systèmes de diffusion sont inadaptés et l’équipement initial est hors de portée des usagers potentiels sans système de crédit approprié. Les ménages récemment urbanisés refusent les nouvelles techniques de cuisson. D’où la nécessité d’établir un dialogue avec les utilisateurs pour comprendre leurs besoins. Ce dialogue dépasse la simple sensibilisation trop souvent bâtie autour de l’idée que les ménages sont pris en flagrant délit de mauvaise consommation. Si les ménages pauvres consomment ainsi, c’est qu’ils ont de bonnes raisons de le faire. Le produit de substitution ne doit pas être seulement acceptable, il faut qu’il séduise par des atouts rationnels et culturels. La défense de l’intérêt national est un argument accepté mais qui passe derrière maintes préoccupations quotidiennes comme le manque de revenu, le besoin de nourrir la famille,...

    L’économie d’énergie n’est pas nécessairement le meilleur argument de promotion mais peut contribuer à la renforcer. L’utilisation de techniques de vente issues du marketing n’est pas une garantie mais constitue à tout le moins un préalable obligé à toute innovation.

    Quelles solutions adopter?

    Si l’on veut mener à bien un processus de substitution énergétique, il faut coordonner les politiques d’action sur la demande. Parmi les moyens permettant de le faire, on peut en retenir deux : la diffusion de réchauds améliorés et la substitution par d’autres combustibles. Soit des combustibles classiques d’origine fossile comme les produits pétroliers et le charbon minéral ; soit des combustibles nouveaux dérivés de résidus agricoles ou de charbon de bois local. Mais, pour intervenir sur la demande, le prix des différentes sources d’énergie est un élément essentiel. Les prix devront être déterminés de telle manière que la solution la plus avantageuse pour un utilisateur soit aussi la solution la plus avantageuse pour la collectivité. L’information des usagers sur les moyens de faire des économies d’énergie, en particulier sur les appareils de cuisson, peut contribuer à modifier la demande. Faciliter l’accès des couches défavorisées à l’acquisition d’équipements de cuisson plus économes en énergie est une mesure envisageable. Le crédit de proximité ne peut être fait par des institutions bancaires traditionnelles. Il faut donc développer, avec d’autres institutions, des mécanismes appropriés. Certains ont d’ailleurs suggéré de le faire à travers des institutions bancaires de développement, telle que la Banque Mondiale ou la Banque Interaméricaine de Développement.

    Un projet en cours

    La CARE et le BME sont actuellement en train de promouvoir la commercialisation et l’utilisation d’un réchaud à charbon amélioré baptisé " réchaud mirak ". Ce réchaud permet de réduire la consommation de charbon de bois de 40% par rapport au réchaud traditionnel. Par ailleurs, des réchauds à kérosène, les mieux adaptés aux ménages haïtiens, ont été testés. Leur diffusion devrait permettre d’offrir un substitut à moindre coût. Il est en tout cas impératif de sortir des querelles académiques sur les mérites comparés de tel ou tel réchaud et de décider plutôt de mener des efforts conjoints importants de marketing pour vaincre la résistance des ménages haïtiens. On sait cependant que la pénétration des produits de substitution dans les ménages restera limitée dans un premier temps à cause des facteurs précités. Cependant, une promotion soutenue peut faire la différence et contribuer à vaincre la résistance des ménages au changement proposé.

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    Economisons le bois-énergie pour préserver l’environnement!
     
    Editeur responsable: Peter Young 

    Auteurs: P. Young, Wilfrid St-Jean

    Conseiller technique: Bétonus Pierre 

    Edition Internet: soutien technique du REHRED 
     

    Envoyez vos lettres à: 
    Peter Young / Wilfrid Saint-Jean 
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    CARE / BME 
    Rue Grégoire 92, Pétionville, Haïti. 
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    Port au Prince Haïti

    15/12/98
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