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    Bulletin quadrimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie  Décembre    2003
numéro 15
 Revue Synergies

  • Analyse des filières énergétiques dans le secteur domestique (ménages, petites et moyennes entreprises, par Wilfrid Saint Jean

Nous  prenons plaisir à annoncer que le thème de la  prochaine édition de Synergies sera: "Les efforts de promotion des équipements et des combustibles alternatifs au bois de feu et au charbon de bois en Haïti"

Ce bulletin est publié grâce au support financier de l'USAID et de la CARE-Haïti 

Analyse des filières énergétiques dans le secteur domestique (1)  (ménages, petites et moyennes entreprises)  compilé par Wilfrid Saint Jean

Introdution
Les combustibles disponibles pour la cuisson dans le secteur domestique (ménages et petites et moyennes entreprises) sont le bois de feu et dérivés, le gaz de pétrole liquéfié, le kérosène et le diesel. Une analyse de ces différentes filières énergétiques est nécessaire en vue de faire ressortir les avantages et inconvénients liés à chacun, l’évaluation des technologies disponibles en Haïti permettant leur utilisation et les perspectives d’avenir en ce qui a trait à la poursuite de leur utilisation.

Analyse de la filière  bois de feu et dérivés

a) Avantages. Le combustible principal utilisé dans ce secteur, le bois de feu et dérivés, offre un certain nombre d’avantages économiques qui permettent d’expliquer le comportement des consommateurs, des régulateurs comme celui des producteurs. L’avantage principal concerne les économies de devises. En effet s’il faut remplacer la totalité du bois et du charbon de bois utilisés dans ce secteur par des produits pétroliers importés (le GPL en particulier)  il faudrait y consacrer près de 20 millions de dollars  américains.Le second avantage lié au premier est le fait que cette activité génère une abondante source de revenus. En effet, la production et la distribution du charbon de bois donnent du travail à une main d’œuvre peu qualifié aussi bien en milieu rural qu’urbain.  Le déboisement et la carbonisation assurent un revenu non négligeable au ruraux parmi les plus pauvres.En milieu urbain, ce sont surtout les vendeurs au détail qui dépendent de la filière pour la génération de leur revenu de subsistance.

  Le revenu tiré du charbon de bois s’élèverait à plus de 75 millions de dollars (1)  US.   Environ 30% de ce revenu serait redistribué dans le milieu rural. L’accès à un combustible  très bon marché en milieu rural, le fractionnement des achats selon les besoins, et la fabrication locale des réchauds améliorés constituent d’autres avantages liés à l’utilisation de ces combustibles.

b)Inconvénients. L’utilisation du charbon de bois accélère le déboisement et par conséquent contribue à réduire la fertilité des sols en entretenant l’érosion. Parallèlement, plus le déboisement accélère l’érosion, plus s’affaiblit la productivité de la terre  et plus le revenu généré se réduit ce qui oblige à déboiser encore plus. Il se produit un mouvement cumulatif où le déboisement conduit à encore plus de déboisement à terme. C’est évidemment l’inconvénient majeur, les bénéfices monétaires mentionnés plus haut sont des bénéfices de court terme, alors que les coûts sociaux sont des coûts de plus long terme. Il existe aussi d’autres inconvénients de nature non monétaire : temps long de cuisson, inconfort, brûlures, etc…

L’évolution de la demande du bois de feu est supérieure à la formation annuelle forestière. Tenant compte des caractéristiques des essences forestières rencontrées en Haïti, la formation annuelle forestière et agro-forestière serait de l’ordre de 1.4 millions de m3. Du coté de  la demande, la consommation annuelle estimée de bois de chauffe atteint les 5 millions de  m3 dont, environ 40% soit plus de 2 millions de  m3 de bois, sont convertis en charbon de bois. Les prélèvements sont donc de quatre fois supérieurs  à la production annuelle ce qui entraîne un déficit qui se traduit par un déboisement accéléré du couvert végétal du pays, qui en soixante dix ans est passé de 60% à moins de 2%.

c) Les technologies disponibles. Les technologies disponibles pour la combustion  du bois et dérivés varient en performance selon le secteur considéré. En milieu rural par exemple son utilisation s’effectue dans des conditions très sommaires (à même le sol). Il existe des prototypes de réchauds améliorés au bois mais ils sont peu utilisés et doivent être adaptés aux caractéristiques du consommateur rural et au type de bois utilisé. En milieu urbain, les consommateurs disposent de réchauds traditionnels et améliorés pour l’utilisation du charbon de bois. La diffusion des réchauds améliorés a été engagée depuis un certain temps et des progressions sont enregistrées d’années en années malgré un prix plus élevé par rapport au réchaud traditionnel. Dans le secteur des petites et moyennes  entreprises les équipements utilisés pour extraire la chaleur du bois sont peu performants principalement au niveau des boulangeries  et des blanchisseries.

Analyse de la filière  gaz de pétrole liquéfié (GPL)

a) Avantages. Le gaz est un combustible moins onéreux que le charbon de bois, du moins à Port-au-Prince. Il est d’autant plus économique par unité (kg) que la bonbonne est de grande capacité. La conversion de la combustion en chaleur est de 4.5 fois plus élevé  dans le cas du GPL que dans celui du charbon de bois à partir des réchauds traditionnels. Les atouts autres qu’économiques du gaz sont par ordre de priorité : la disparition des problèmes de santé provoqués par le charbon de bois (maux de tête et  des yeux), l’amélioration des conditions d’hygiène et de beauté (mains rongées par le charbon de bois, chute des cheveux), l’amélioration de la gestion des foyers (rapidité et constance de la cuisson, contrôle instantané de la flamme sans bouger la casserole)  et   la  facilité  de nettoyage des ustensiles utilisés.

b) Inconvénients. Parmi les inconvénients retenus pour la filière à gaz  mentionnons les suivants :

-   Coût financier d’acquisition des équipements très élevé; difficulté pour  transporter  la bonbonne de recharge quand l’utilisateur ne dispose d’aucun moyen de transport personnel. 

-   Non adaptabilité de certains types de logements à l’adoption de méthodes de cuisson modernes, notamment à gaz;

-          Méfiance dans l’utilisation d’un nouveau combustible jugé plus dangereux;

-       L’encombrement plus grand du réchaud et du réservoir à combustible pénalise notamment son utilisation ambulante ;

-         Difficulté de fractionner les achats de gaz et le poids  de son conditionnement. En général, pour chaque kg de GPL livré au client il faut transporter  3 kg. Un véritable obstacle surtout quand  le ménage uniparental est une femme et /ou quand l’habitation se trouve loin des routes à flanc de colline, etc…

Pour les entreprises, le coût d’une alternative énergétique est relativement élevé surtout pour les investissements en équipements (biens complémentaires aux sources substituables au bois) estimé à quelques 150 à 375 000 gourdes en moyenne par entreprise ce qui est pénalisant au regard de leur revenu potentiel. La difficulté pour les PME d’avoir accès au crédit ne fait que renforcer la tendance au maintien des technologies traditionnelles. De plus, il n’est pas sûr que toutes les PME, puissent, sans risque, stocker des quantités suffisantes de GPL.

c) Les technologies disponibles.  En matière de technologies disponibles localement pour cette filière des efforts très importants ont été consentis par les entreprises locales. Une première campagne de promotion de réchauds à gaz a été entreprise par la Shell en collaboration avec la coopération française. Le succès phénoménal du début  a été ralenti considérablement par la suppression des subsides.  A la fin des années 90 la compagnie ECOGAZ, filiale de la FOMEC a entrepris la commercialisation de près de 12 modèles de réchauds à gaz propane adaptés aux besoins de différents utilisateurs potentiels. Jusqu’à présent cette campagne connaît un succès de plus en plus  élevé auprès des consommateurs, principalement les restaurateurs de rues. Il y a lieu de mentionner aussi les efforts entrepris par la ELF pour promouvoir un modèle de réchaud à gaz utilisant une bonbonne de 12,50 livres adaptée aux familles à revenus modestes.

Analyse de la filière kérosène et/ou diesel

Avantages. Un certain nombre d’avantages sont associés à l’utilisation de ces combustibles. Ils sont d’ordre économique, social et technologique. Du point de vue économique, ces combustibles se vendent à un prix compétitif par rapport aux autres sources d’énergie. Les points de vente sont multiples en ville comme à la campagne et les quantité achetées sont fonction des disponibilités financières du ménage.  Du point de vue technique le pouvoir calorifique est élevé (pour le réchaud à flamme bleue), proche du gaz, de l’ordre de 50 à 55% ; la cuisson est donc plus rapide qu’avec des réchauds à bois ou à charbon de bois. Du point de vue social, ces combustibles permettent une facilité de nettoyage et de gestion de la cuisson et l’amélioration des conditions d’hygiène. Par ailleurs, le combustible est connu et employé notamment pour l’éclairage surtout en milieu rural et marginal.

b) Inconvénients. Parmi les inconvénients on retient la difficulté d’allumage, cependant avec un certain savoir-faire,  qui s’apprend facilement avec un minimum d’encadrement, ceci peut être  facilement contourné. La technologie de fabrication des réchauds et fours à kérosène est bien connue en Haïti. A partir de 1997, des artisans formés par les ateliers-écoles de Camp Perrin ont commencé la fabrication d’un réchaud à kérosène à « flamme bleue » dénommé REDI P60, à usage domestique et alimenté par gravité, d’une puissance brute estimée de 3 kW.

D’autres artisans  ont suivi cet exemple et ces réchauds sont   actuellement  produits  à Jacmel et  à Port-au-Prince.

c) Les technologies disponibles. La Care a développé une série de réchauds à kérosène qui sont, du point de vue technologique, prêts pour être commercialisés à grande échelle. Il suffit de trouver la filière de production à une  échelle répondant à la  demande potentielle en fonction de l’importance de la promotion qui en sera faite.   A l’usage des petites et moyennes entreprises, il existe déjà un  four au diesel pour boulangerie produit par un entrepreneur local, d’une efficacité satisfaisante et de construction simple.  L’analyse technique et financière  révèle que l’usage de ce four permet  de diminuer les coûts variables de 7% par une réduction des pertes de production (3%), un effectif réduit de main d’œuvre (3%) et un coût d’achat du combustible  moindre (1%).

En raison du coût élevé d’achat du four et de l’importance  du volume de production dans le calcul de rentabilité, ce seront donc en priorité les boulangeries les plus importantes qui feraient le plus rapidement des économies substantielles.

 Mode d’acquisition des équipements

a)      Fours pour boulangeries. Selon les données recueillies au moment de l’évaluation du projet «Energie et Environnement» en juillet 2002,  la majorité des boulangeries ont fait l’acquisition de leurs fours au comptant. Les institutions de micro finance ont financé l’acquisition de fours pour 20% des boulangeries. Les artisans producteurs de fours traditionnels ont octroyé du crédit à 7% des boulangeries. Seulement 3% des propriétaires de boulangeries ont pu bénéficier d’un crédit bancaire. Les fours traditionnels à bois sont généralement payés au comptant à l’artisan. Vingt sept pour cent (27%) des propriétaires de boulangeries ont l’habitude d’acheter les fours Krisco à partir d’un crédit d’une institution de Micro Finance et 20% à partir d’un crédit du concessionnaire. Les fours à électricité sont souvent achetés au comptant et une très faible quantité de propriétaires de boulangeries ont l’habitude de faire  l’acquisition de ce type de four à partir d’un financement obtenu d’une institution bancaire.

b) Réchauds Mirak à charbon de bois
. La vente au cash est le plus souvent pratiquée par les artisans. Cependant, certains d’entre eux ayant développé une certaine fidélisation de leur clientèle pratiquent la vente à paiement différé (8 à 15 jours après la livraison du stock aux revendeurs) ou à crédit ne dépassant pas 15 à 22 jours pour les ménages.  Les artisans  affirment  que   ce  type  de vente  ne favorise pas l’expansion d’une telle entreprise car les dépenses pour l’approvisionnement en matières premières et d’autres frais divers (peinture, transport, clous etc) sont faits au cash avec paiement immédiat.
Promotion d'équipements de substitution à la foire de Croix-des-Bouquets (5octobre 2003) 
c)      Réchauds à gaz de pétrole liquéfié(ECOGAZ). ECOGAZ vend le plus souvent ses équipements  au cash (réchauds, régulateurs, bonbonnes, gaz, hose). Certains  grossistes  peuvent bénéficier d’un crédit suivant les relations entretenues avec la ECOGAZ. Cependant la vente du combustible se fait exclusivement au cash. Les responsables de la ECOGAZ privilégient également les ventes occasionnelles qui se font lors des expositions (foires) organisées dans le pays par les secteurs impliqués dans la recherche de solution aux problèmes énergétiques du pays. Ce type de marché n’est pas permanent mais représente une opportunité pour la ECOGAZ de faire la promotion des produits fonctionnant au GPL. Chez tous les distributeurs ECOGAZ le service après vente est garanti.

d) Réchaud à kérosène. Les différents modèles de réchauds à kérosène disponibles sur le marché se vendent au cash, la majorité étant importée. Certains importateurs, lors du lancement de nouveaux modèles, peuvent bénéficier de franchises douanières (qui permettent de réduire jusqu’à 43% le prix au consommateur) de la part du gouvernement, cependant elles sont toujours de courte durée. L’arrêt de la franchise  entraîne automatique une hausse importante de prix qui ralentit considérablement les ventes.

Conclusions et recommandations

La conclusion générale tirée de l’analyse des différentes filières énergétiques du secteur domestique est que la substitution vers d’autres sources d’énergies apparaît comme inéluctable, étant donné l’urbanisation croissante de la population, la raréfaction progressive des ressources ligneuses et leur renchérissement progressif. Cependant, Il semble peu raisonnable d’imposer une solution unique au problème de la substitution énergétique à travers le pays. Ce sont plutôt des solutions adaptées aux différences de situation (régionale, besoins et caractéristiques de l’utilisateur, etc) qui devraient s’imposer. En raison de l’accès à très bas coût du bois de chauffe, il apparaît clairement que l’utilisation du bois comme combustible à usage domestique restera la principale option pour beaucoup de ménages en milieu rural. Il n’empêche que ce bois peut être utilisé plus efficacement dans des fours améliorés, à l’image de ceux qui ont convaincu bon nombre d’Africain(e)s.  La substitution du bois  et du charbon de  bois par d’autres  sources  d’énergies concerne principalement les consommateurs en milieu urbain. Outre le problème de l’investissement initial nécessaire, elle est souvent conditionnée par leur niveau de revenu, de dépenses alimentaires, par la facilité d’accès au combustible et la possibilité d’achat au détail (fractionné) des combustibles.

En ce qui concerne les petites et moyennes entreprises (blanchisseries,  boulangeries, distillerie), la rentabilité économique  de la conversion vers des dérivés pétroliers a été démon
Réchauds à gaz propane exposés à la foire de croix-des-Bouquets (5 octobre 2003)trée. L’investissement est d’autant plus rentable que l’entreprise est de grande taille. En d’autres termes, l’accès aux crédits pour les micro et petites entreprises désireuses d’adopter des  dérivés pétroliers comme source d’énergie alternative conditionne la modernisation du système de chauffe. Néanmoins, dans certains cas, l’utilisation d’énergies renouvelables peut être encouragée (solaire, bagasse..)

L’utilisation massive d’énergie domestique alternative au bois de chauffe ou charbon de bois implique une modification des comportements ainsi que des investissements de la part des agents économiques. Celle-ci se fera d’autant plus vite que les objectifs de la politique poursuivie par le gouvernement seront définis de manière crédible et sur le long terme, clairement perçus par la population et qu’un certain niveau de consensus sera obtenu.  Dans ce cadre, il faudra ensuite que les modalités d’évolution et de fixation des prix des produits pétroliers soient définies durablement et réfléchissent les priorités du gouvernement.

Il importe en effet que les incitants à la substitution et donc les signaux émis par
les prix relatifs soient les plus constants possibles, de manière à ce que les agents n’aient pas à regretter rapidement leurs décisions d’investissement.  Dans la conjoncture   politique   et   économique actuelle, ces deux conditions ne peuvent être remplies. L’horizon de l’actuel gouvernement est réduit et le problème de la fixation  des prix  des produits pétroliers est brûlant, vu le retard accumulé dans leur adaptation aux conditions actuelles de taux de change et de prix internationaux.

Néanmoins, des  actions préparatoires, sur le plan de la conception et de la préparation d’une substitution à plus grande échelle se justifient tant dans le domaine de l’offre de fours et de réchauds, de la formation d’artisans que des actions d’accompagnement. Actuellement, des actions pilote de substitution, médiatisées, visant à faire comprendre et à  mesurer les difficultés de la substitution sont entrain de familiariser le grand public avec sa nécessité et ses avantages. Cependant, cela ne suffit  pas. Il faut d’autres actions d’envergure, tant du coté du gouvernement que de celui du public et des entreprises privées pour mener à bien cette activité plurielle et de longue haleine.

(1)
/ Cet article a été adapté  du rapport intitulé « Fiche Technique :  Alternatives Énergétiques au Bois et Dérivés » publié par le RESAL en mai 2000

(2) / Aux conditions de marché de 1998, BME/ Care

Economisons le bois-énergie pour préserver l’environnement!

Editeur responsable : Robinson Moïse 
Auteurs: Robinson Moïse, Wilfrid St-Jean
Conseiller technique: Bétonus Pierre 
Edition Internet: Wilfrid Saint Jean 
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