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    Bulletin trimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie   Février   1999  
  Deuxième numéro 
 
Revue Synergies

Dans ce numéro:
. Page d'accueil de Synergies 

 Page de couverture Numéro 2 
 

  • Editorial

  •  
  • La position du comité technique intersectoriel face au problème du bois-énergiedans les petites entreprises, par Wilfrid Saint Jean, 

  •  
  • L'efficacité éneergétique au service de la bourse de l'entrepreneur haïtien, par Bétonus Pierre

  •  
  • Petites agro-industries de la canne à sucre en Haïti: quelle alternative énergétique, par Roosevelt St. Dic 

  •  
  • Consommation du bois de feu dans les petites entreprises en Haïti, par Wilfrid Saint Jean

  •  
  • Les boulangeries et les blanchisseries (dry-cleanings) en Haïti de grandes consommatrices de bois de feu, par Juergen Usinger

  •  
    Résumé de la législation réglementant l'utilisation du bois-énergie, par Wilfrid Saint Jean 


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  •  
     
     
     
    Petites Agro Industries de la canne à sucre en Haïti: quelle alternative énergétique ? (1) 

    Roosevelt Saint Dick, Directeur Général du Fonds de Développement Industriel (FDI) 

    Le sujet 

    Une clarification de départ. Ce texte ne traitera pas du défunt secteur sucrier. La problématique qui sera abordée est celle de l’industrie de transformation de la canne à sucre produisant du rapadou, du sirop et du clairin pour le marché local essentiellement. Pourquoi essentiellement? Parce qu’une partie de la production de rapadou est vendue sur le marché de la République voisine. 

    Importance économique de ces petites entreprises  

    Comme activité économique, c’est l’un des sous-secteurs les plus importants de l’économie nationale. En 1996, il a contribué pour un (1) milliard de gourdes au PIB (3%), et le nombre d’emplois générés par les trois (3) filières a été estimé à 163,000 dont 123,000 dans la filière clairin, 25,000 dans celle du sirop et 15,000 dans celle du rapadou. En nombre, c’est le plus important sous-secteur industriel du pays : près de 6,000 unités constituent l’essentiel du tissu industriel haïtien. C’est aussi l’activité industrielle la mieux répartie sur le territoire national. Six (6) départements en sont bien pourvus : le Nord, le Plateau Central, l’Artibonite, l’Ouest, le Sud et la Grand’Anse. 

    D’un point de vue global, l’industrie de la canne est dominée par un ensemble d’interrogations dont les plus importantes concernent : la baisse de la superficie plantée en canne au cours des 20 dernières années, notamment dans les plaines humides et irriguées; la faible technicité et l’obsolescence des installations; et l’utilisation du bois comme source principale d’énergie. 

    (suite de l'article) 

    La culture de la canne à sucre 
    Technologie et productivité des entreprises 
    Consommation énergétique dans les différentes filières 
    Quelques considérations sur la consommation énergétique 
    Niveau des dépenses en bois 
    Les ateliers performants 
    Synthèse et pistes d’actions

     
     

    La culture de la canne à sucre 

    La superficie en canne à sucre paraît avoir baissé d’environ 1.5% par an entre 1975 et 1995, passant de 85,000 à 62,000 hectares. Cette régression est due principalement à deux (2) facteurs : la disparition des usines sucrières dans les plaines du Cul-de-Sac, de Léogane, du Nord et des Cayes, favorisant la désaffectation en canne de nombreuses parcelles, et la faible rentabilité de la canne par rapport à d’autres cultures vivrières (banane, maïs/sorgho, haricot,…). Toutefois, cette baisse globale n’a pas affecté l’approvisionnement en matière première des petits ateliers : les usines sucrières en fermant leurs portes, ont libéré des matières premières pour ces ateliers; le producteur de canne transforme lui-même le produit, augmentant ainsi substantiellement sa valeur ajoutée, et la rémunération de son travail. Par ailleurs, dans les plaines sèches, les plateaux et les montagnes où les conditions agro-écologiques réduisent les chances de cultures alternatives à la canne sucre, cette dernière montre une propension à l’expansion, notamment dans le Plateau Central, l’Artibonite, le Nord’Est et la Grande Anse. 


    Technologie et productivité des entreprises 

    La faible technicité et l’obsolescence des équipements et installations ont pour conséquences: de faibles taux d’extraction du jus de canne (élément essentiel d’une bonne productivité dans cette industrie) et de faibles rendements en fermentation/ distillation. Les moulins en bois à traction animale les moins performants affichent des taux d’extraction de 40%, ceux en fer à traction animale ou à moteur ont des taux situés entre 50 et 55%. Ces taux sont à comparer à ceux des unités plus performantes pouvant atteindre jusqu’à 80%. Dans les petites distilleries traditionnelles, on obtient en moyenne 9.5 gallons de clairin par tonne de canne, tandis que dans les distilleries modernes, on atteint jusqu’à 22 gallons par tonne de canne broyée. Faible productivité, donc faible compétitivité. 


    Consommation énergétique dans les différentes filières 

    Les combustibles utilisés dans l’industrie de la canne à sucre sont, par ordre d’importance : le bois de feu, la bagasse (sous-produit de broyage de la canne)2, le diesel et l’électricité. Ces combustibles produisent deux types d’énergie : l’énergie mécanique (broyage de la canne) et l’énergie thermique (évaporation, distillation). Le bois et la bagasse sont de loin les plus utilisés; et chaque filière a sa propre priorité en terme de combustible (voir tableau 1).  

    Tableau 1. Energie utilisée dans la transformation de la canne en divers produits 
    Type d’unité Energie mécanique 
    (broyage)
    Energie thermi.
    (évap./distil.)
    Petite guildive dlo kan bouilli Animaux Bois et bagasse
    Petite siropterie Animaux Bagasse et bois
    Moyenne siropterie Gaz-oil Bagasse et bois
    Petite guildive sirop   Bois
    Petit atelier rapadou Animaux Bois ou bagasse
    Moyen atelier rapadou Gaz-oil Bois ou bagasse
    Petite guildive vesou Gaz-oil Bagasse
    Moyenne guildive vesou Bagasse - gaz-oil Bagasse
    Grosse guildive vesou Bagasse Bagasse
     

    Sur les 5.612 ateliers recensés en 1997, 5.538 utilisent partiellement ou exclusivement du bois comme combustible, soit pour la cuisson du sirop et du rapadou, soit pour la distillation du clairin. A titre indicatif, pour les seules guildives traditionnelles (438 unités), la consommation de bois de feu a été estimée à 320 000 m3 par année, ce qui équivaut à 50,000 arbres environ. Un intéressant paradoxe: la transformation de la canne à sucre, excellente culture anti-érosive, devient un facteur important de déboisement. 


    Quelques considérations sur la consommation énergétique  

    En plus de l’utilisation massive du bois comme combustible, les méthodes de cuisson et de chauffe sont totalement inadéquates : 

    - vétusté et état défectueux des chaudières de cuisson et de chauffe ; 

    - mauvaise qualité des foyers : bouche du fourneau et cendrier se confondent en un seul orifice, d’où une mauvaise aération du brasier provoquant une combustion inadéquate du bois; 

    - chauffage à feu nu des chaudières de cuisson de jus et d’alambic dont seul le fond est chauffé; ce qui exige une puissance de feu plus élevée que seul le bois peut procurer ;

    • temps de chauffage anormalement long : 3 à 7 heures de plus comparativement à d’autres techniques. 
    Toutes ces imperfections ont pour conséquences directes une plus grande utilisation et un gaspillage de ce facteur de production qu’est le bois. 

    Niveau des dépenses en bois 

    A côté des problèmes écologiques et environnementaux que cette situation aggrave, les coûts de production des ateliers augmentent : on estime que pour les petites guildives traditionnelles les dépenses en bois représentent 15% des coûts. Encore un autre facteur qui contribue, à certaines périodes de l’année, à mettre cette filière, en situation difficile par rapport à la compétition internationale. 

    Les ateliers performants  

    Pourtant des alternatives existent. En Haïti même on trouve 74 ateliers de fabrication de clairin qui utilisent un paquet technologique très supérieur à celui appliqué par les guildives traditionnelles. Celles-là représentent 14% du total et produisent 48% de l’offre totale de clairin. Une dizaine d’entre ces ateliers, en combinant de bons rendements en broyage de canne et en fermentation/distillation et un système de chauffage performant avec la bagasse, comme source exclusive d’énergie, arrivent à obtenir plus de 22 gallons de clairin par tonne de canne broyée. Les 64 autres obtiennent en moyenne 15 gallons par tonne de canne. Ces 10 entreprises pionnières représentent trois (3) grandes tendances qui devraient déboucher à terme sur des agro-industries écologiquement correctes et économiquement efficientes

    - tendance à augmenter le taux d’extraction jus/canne par l’acquisition de moulins plus performants, la motorisation des équipements et la constitution de batteries de moulins; 

    - tendance à développer de nouveaux ateliers de clairin fonctionnant exclusivement à la bagasse; 

    - tendance à transformer des siropteries en ateliers de distillation s’opérant à la bagasse.

    On pourrait alors se poser la question à savoir, pourquoi les petites guildives ne se modernisent-elles pas? Il s’agit là du même type de questions que posent les technocrates: pourquoi les pauvres ne deviennent-ils pas riches? La discussion est donc ouverte.  


    Synthèse et pistes d’actions 

    L’industrie de la canne est d’une grande importance pour l’économie nationale. Elle contribue directement à près de 1 milliard de gourdes au PIB et le nombre d’emplois créés est de 4 fois supérieur à celui de la sous-traitance de 1991. Elle mobilise des capitaux importants et génère d’importants profits. Le recouvrement des investissements se fait très rapidement, entre 12 et 24 mois. Malgré tout, la production de la canne est sous valorisée, le parc de moulins est mal entretenu, le taux d’extraction jus/canne par les moulins est bas et des dépenses additionnelles sont faites dans l’achat de combustibles alors qu’elles pourraient être nulles si la bagasse était valorisée. Dans la perspective d’une modernisation des filières de la canne visant à l’élimination du bois comme combustible, il est impératif : 

    - d’encourager l’intégration de la filière en combinant au maximum le pressage de la canne et la transformation en clairin; 

    - d’améliorer les systèmes de chauffe du sirop, du rapadou et du clairin (clarification, chaudières et foyers) pour une meilleure qualité du produit et un arrêt de la consommation de bois; 

    - d’appuyer les projets de valorisation de la canne sous d’autres formes (sirop de table, rapadou en poudre, etc). 

    - de créer des structures de recherche-développement et d’accompagnement technique afin d’apporter un appui (assistance technique et formation) aux transformateurs, d’optimiser les itinéraires techniques pour chaque niveau de technologie et de travailler à la mise au point de procédures adaptées aux nouveaux produits pré-cités;

    • de mettre en place des programmes de diffusion de moulins métalliques et de nouveaux types de chaudières en les accompagnant d’actions spécifiques en rapport avec un financement adapté et avec l’entretien.
    Ces petits ateliers sont des facteurs importants de déboisement. Leur impact sur l’environnement est franchement négatif. Pourtant, ils contribuent à maintenir un équilibre social et économique certain en milieu rural. Leur modernisation est donc d’une importance capitale, car, leur maintien tels qu’ils sont aujourd’hui, ou leur disparition à brève échéance, favorisera la prolifération des "villesbidons" dans les différentes aires métropolitaines du pays. 

    1) Ce texte est tiré d’une étude commanditée en 1997 par le Fonds de Développement Industriel (FDI): Modernisation des Petites Agro-Industries de la Canne. 

    2) Pour chaque tonne de canne broyée, une quantité allant de 300 à 500 kilogrammes de bagasse, utilisable comme combustible, est produite. 

    Economisons le bois-énergie pour préserver l’environnement!
     
    Editeur responsable: Peter Young 

    Auteurs: P. Young, Wilfrid St-Jean

    Conseiller Technique: Bétonus Pierre 

    Edition Internet: soutien technique du REHRED 
     

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    Port au Prince Haïti

    23/02/99
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