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    Bulletin trimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie   Mai  1999  
numéro 3
 
 Revue Synergies
Numéro 1 - Novembre 1998 
Numéro 2 - Février  1999 
Numéro 3 - Mai 1999 
Numéro 4 - Août 1999 
Dans ce numéro:
 
  • Editorial
  • Les expériences de diffusion des foyers à   GPL en Haïti, par Jerry Gousse
  • L'expérience pilote de difusion des réchauds améliorés à charbon de bois baptisés "Mirak", par Emile Jean Gilles, Jean Kissinger Dalcé et Kate Potts
  • Tout ce qu'il faut savoir sur la technologie des réchauds améliorés, par Jean-Marie Rigaud
  • Les foyers améliorés peuvent-ils constituer un élément de solution alternative aux problèmes du déboisement en Haïti, par Jean Robert Altidor 


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  • Remplissage de bonbonnes GPL à la Shell 

    Remplissage de bonbonnes GPL à la Shell-Haïti
     
    Les expériences de diffusion des foyers à GPL en Haïti  

    Entretien avec Jerry Gousse, responsable GPL à la Shell-Haïti  

    Le contexte 

    Le GPL, Gaz à Pétrole Liquide, est l’énergie du futur pour Haïti, en tout cas pour ce qui concerne la cuisson des aliments. C’est une source d’énergie incontournable, la seule à pouvoir efficacement remplacer le charbon de bois dont on connaît les dégâts causés à l’environnement. La question n’est pas de savoir si le GPL va remplacer le charbon, mais plutôt quand cette transition aura lieu. Pour l’heure cependant, le gaz ne représente pas encore grand chose dans la structure de consommation des différentes énergies en Haïti. Il arrive très loin derrière le charbon de bois. Pire même, les quantités consommées n’augmentent guère ces dernières années. 
     

    (suite) 
     

    Une première tentative 
    Public cible 
    Que peut-on retenir de cette première expérience? 
    Les leçons à tirer des expériences réalisées par la Shell dans des pays proches 
    Les perspectives

     
     
    Une première tentative 

    Pourtant, en 1990, Shell-Haïti avait tenté de populariser le gaz comme énergie de cuisson. Un programme ambitieux avait alors été lancé, s’appuyant sur un modèle de gazinière rudimentaire, baptisé réchaud Bip Tichéri, lequel était usiné par le Centre Pilote de Formation Professionnelle (CPFP). Ce réchaud n’était pas parfait dans sa conception : inspiré du camping gaz français, le brûleur par exemple n’est pas conçu pour faire des cuissons de plusieurs heures. " Il s’effondre sous les pois ", comme le dit Jerry Gousse, directeur du GPL à Shell Haïti. Ce brûleur demande également un entretien régulier et soigné qui n’est pas forcément compatible avec une forte utilisation quotidienne. Et, s’il est vrai que dans l’idée du camping, un réchaud doit permettre de réchauffer une conserve ou de bouillir de l’eau, en Haïti son utilisation est beaucoup plus accrue.  

    Le programme de diffusion des réchauds a donc démarré en 1988. Les ventes ont immédiatement atteint des chiffres très élevés les premières années. L’embargo de 1994 a ensuite tout arrêté. Il y a eu une petite reprise à partir de 1995, mais les chiffres restent extrêmement bas et les achats actuels ne représentent rien de plus que le remplacement du parc existant. On peut donc dire qu’il n’y a pas eu de nouveaux adeptes du gaz ! … 

    Jusqu’en 1993, environ 100.000 réchauds qui ont été vendus. Les ventes ont bénéficié d’une part d’un système de crédit mis en place par la maison Valério Canez, et surtout de l’aide de la coopération française qui, via un gel artificiel de la balance des paiements, permettait au réchaud de rester à un prix très attractif. De telle sorte que, lors de son lancement, le Bip Tichéri coûtait, bonbonnes de six livres comprises, 30 US$. Ce prix est maintenant passé à 57 US$, prix du marché sans intervention extérieure. Cette augmentation s’explique par la décision de la coopération française de ne pas reprendre sa subvention après l’embargo, par le coût important des bonbonnes vides et enfin au fait que la franchise douanière pour le brûleur (seule pièce qui doit être importée) a été supprimée par l’État haïtien en 1990… Shell insiste en revanche sur le fait que le coût du remplissage de la bonbonne n’a, quant à lui, pas changé : de 8.3 US$ en 1989 à 8.5 US$ en 1998 (pour une bonbonne de 25 livres) 

    Public cible 

    Les salariés des entreprises privées ont été l’un des publics ciblés en priorité par Shell lors du lancement des Bip. Les patrons avaient alors accepté de collaborer au projet pour favoriser sa réussite. Ils encourageaient l’achat des réchauds auprès de leurs employés, organisant des systèmes de crédit ou allant jusqu’à prendre 25 ou 50% du prix à leur charge. Ce secteur a donc contribué pour une partie non négligeable à la diffusion du BIP. Malheureusement, l’entreprenariat a été très touché par l’embargo et n’a jamais retrouvé le niveau qui était le sien. Il est donc illusoire d’espérer redémarrer des ventes en utilisant cette voie-là. 

    Que peut-on retenir de cette première expérience ? 

    Il y a de nombreux obstacles pour le passage au gaz en Haïti. Le premier que l’on peut souligner est le prix de départ, l’achat de la gazinière et de la consigne de gaz : 57 US$ (soit près de 200H$), représente un investissement lourd. Trop lourd pour la très grande majorité des ménages haïtiens. Il faut donc parvenir à faire baisser ce prix, à la fois en réduisant le coût de production du Bip Tichéri et en subventionnant son achat. Le gaz n’est pas plus cher à l’utilisation que le charbon (il est même légèrement moins cher), c’est vraiment la mise initiale qui l’empêche d’être populaire. 

    Autre obstacle : le gaz présente un inconvénient particulier par rapport au charbon : il est dangereux ! … Difficile d’imaginer d’autres dangers avec le charbon que le risque de brûlures ou d’incendie. Avec le gaz il faut rajouter celui non négligeable et également spectaculaire d’explosion. Plusieurs accidents arrivent quotidiennement dans les pays voisins, notamment en République Dominicaine et en Jamaïque (Shell a d’ailleurs fermé son département Gaz en République Dominicaine) cause d’accidents dont elle ne pouvait pas être tenue responsable, mais qui ternissent son image de marque. L’effet négatif a été tel que la compagnie a décidé son retrait, ne voulant pas risquer de voir ses autres secteurs d’activité perdre des clients à cause du gaz. Il est crucial pour une compagnie comme la Shell de parvenir à limiter ses risques le plus possible. Il est crucial pour que Haïti puisse réussir la transition énergétique du charbon vers le gaz, que la population haïtienne ne soit pas effrayée par la nouvelle énergie qu’on lui propose, donc que celle-ci soit la plus sûre possible dès son lancement. 

    Shell est évidemment confronté, comme l’ensemble des entreprises privées travaillant en Haïti, à l’absence de toute autorité gouvernementale actuellement. Or, un secteur comme celui du gaz a besoin de régulations. L’absence de contraintes chez les pétroliers ou les distributeurs a de graves conséquences en matière de prix, de sécurité, … 

    Shell a commencé son programme "gaz" a peu près en même temps dans toutes les Caraïbes. Les pays qui ont le mieux réagi sont la Jamaïque et la République Dominicaine. La consommation de GPL dans ce pays est à peu près 75 fois plus élevée per capita qu’en Haïti, et ce chiffre doit être à peu près doublé pour la Jamaïque ! … 

    Les leçons à tirer des expériences réalisées par la Shell dans des pays proches 

    Les raisons pour lesquelles Haïti ne parvient pas à passer au gaz sont évidentes, quatre facteurs doivent être réunis afin de réussir ce type de transition : 

    • Un gouvernement responsable : si on prend l’exemple dominicain, on s’aperçoit que le gouvernement a pris les choses en main, en subventionnant très fortement le gaz et en instaurant des brigades de contrôle pour que l’interdiction du charbon de bois soit effective. Il existe même, selon Mr Gousse, des brigades spéciales d’intervention qui disposent d’hélicoptères leur permettant d’intervenir aussitôt qu’une fumée est repérée dans le ciel ! … Ces subventions ont été particulièrement importantes pendant les premières années du passage au gaz. Il semble maintenant que le gouvernement dominicain se désengage progressivement : la transition est quasi achevée et réussie.
    • Un bailleur de fonds résolu : la coopération française avait eu les reins suffisamment solides pour que le Bip Tichéri connaisse un bon départ et soit populaire auprès de la population haïtienne. Il faut que d’autres bailleurs de fonds (financeur) se déclarent si une tentative de ce type veut être tentée.
    • Une compagnie pétrolière motivée…  Shell l’a été en 1990. Shell l’est toujours… Il est vrai que le marché potentiel est énorme et ne peut que croître. Aucune autre énergie n’étant envisageable à terme pour le pays. Les seules questions sont "Quand ? " et "A quelles conditions ? " 
    • La durée nécessaire : un tel programme demande de nombreuses années pour être amené à son terme. Le charbon est très profondément ancré dans les mœurs haïtiennes, il est utilisé depuis des siècles, donc le passage vers le gaz ne se fera pas en quelques mois… il vaut mieux compter dix ans et peut-être plus encore ! La principale inconnue dans cette durée est politique. Haïti n’a habitué personne à la stabilité ces dernières décennies. Le doute existe et il est sérieux.
    Les perspectives 

    Jerry Gousse nous révèle qu’une nouvelle tentative va être lancée dans les mois qui viennent. Il nous dit aussi – à mots couverts – qu’une concurrence pourrait se manifester bientôt dans le secteur (jusqu’à maintenant Shell dispose d’un quasi-monopole) (cette concurrence pourrait bien être celle de Elf ? …) Toujours est-il que Shell s’efforce de développer un nouveau réchaud, qui emprunterait un modèle de réchaud initialement prévu pour le kérosène (seul les tuyaux doivent être remplacés) et qui pourrait être produit localement (important que les artisans haïtiens puissent être impliqués dans ce travail). Seul le brûleur pourrait être importé ; on connaît l’importance de cette pièce dans le bon fonctionnement d’un réchaud. Ce nouveau modèle, consigne de la bouteille de gaz comprise, ne devrait pas dépasser 120 H$, un prix de départ attractif et qui devrait pouvoir convaincre les financiers. 

    Parlant du kérosène justement, Jerry Gousse nous fait part de ses sérieux doutes relatives à ce type d'énergie en Haïti. Il nous rappelle que des tentatives ont déjà été faites, il y a plus de trente ans, et que les réchauds à kérosène n’ont jamais eu de succès. Les dangers de ce mode de cuisson, ainsi que certaines de ses caractéristiques (goût désagréable lié au kérosène, mauvaise odeur dans la maison, …), et enfin le fait que le charbon n’ait jamais fait l’objet de régulation de la part du gouvernement, ont eu pour conséquences que le kérosène n’a jamais vraiment démarré. Il semble aujourd’hui que cela soit trop tard pour espérer quelque chose de ce côté-là. 

    Parlant des réchauds améliorés, J Gousse nous fait part de ses craintes que cela ne soit une échappatoire par rapport au gaz. Selon lui, mieux aurait valu frapper un grand coup en une seule fois et passer de l’anarchie actuelle à l’utilisation immédiate du gaz. Que l’effort qui sera fait pour introduire le réchaud amélioré devra de toute les manières être refait dans quelques années pour introduire le réchaud à gaz, et que, d’une certaine manière, il y a perte de temps, d’énergie et d’argent. 

    Propos recueillis par Jean-Yves Terlinden, CARE-HAÏTI 
     

    Economisons le bois-énergie pour préserver l’environnement!
     
    Editeur responsable: Peter Young 

    Auteurs: P. Young, Wilfrid St-Jean

    Conseiller technique: Bétonus Pierre 

    Edition Internet: soutien technique du REHRED 
     

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    Port au Prince Haïti
    31/05/99
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