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    Bulletin trimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie  Décombre 2000
numéro 8
 Revue Synergies

Dans ce numéro:

  • Editorial
  • Signature d'un contrat de finacement du projet énergie & environnement entre USAID et CARE-Haiti
  • Le charbon  de bois : mythes et réalités
  • Comment favoriser en Haíti la substitution du charbon de bois par des combustibles pétroliers
  • La promotion de substituts et les économies d'énergies dans les ménages: l'affaire de tous

  • La mise en place du programme de substitution du charbon de bois en Haïti dans le contexte de l'Accord de Caracas


    (Suite de l'article)

    2. Une Ressource Naturelle Renouvelable 
    3.  Propriétés Physiques 
    4.  Propriétés Chimiques 
    5.  Utilisation du Charbon de Bois 
    6.  Techniques de Production 
    7.  Le Marché International 
    II.  LE CAS PARTICULIER D’HAITI
    1.  Une affaire de gros sous 
    2.  L’offre et la demande 
    3.  Stratégie Nationale 
    3.1  Faire du charbon de bois un produit stratégique 
    3.2  Produire du charbon de façon durable
    3.3  Plus de charbon pour moins d’arbres 
    3.4  Moins de charbon pour plus d’aliments 
     
     

    Utilisez le réchaud mirak qui permet d'économiser 40% de votre consommation de charbon
    Le charbon de bois: mythes et réalités, par Jean André Victor Consultant PNUD

    Le Charbon de Bois : Mise en Contexte 

    Le charbon de bois est très mal connu.  Parce qu’il est  très mal connu, il est très mal géré.  Et comme il est mal géré, les bénéfices économiques qu’on en tire demeurent relativement bas tandis que les coûts écologiques de son exploitation deviennent de plus en plus élevés. Loin de contribuer au développement durable, il provoque la misère et la dégradation de l’environnement.  Et pourtant, il pourrait devenir une source de richesse et de dignité pour tous. 

    I.  LA SITUATION DANS LE MONDE

    1.  Une Définition de Travail 

    Le charbon végétal ou charbon de bois est le produit de la combustion incomplète du bois.  On pourrait également le considérer comme un combustible solide de couleur noire avec un pouvoir calorifique plus élevé que le bois et l’assimiler à un matériel dont la grande superficie spécifique permet de l’utiliser comme un filtre de bonne qualité.  Le charbon de bois est inerte, difficilement altérable aux conditions atmosphériques normales et n’est pas, comme le bois, attaqué par les agents biologiques ( champignons et insectes xylophages). 
     
     

    Economisons le bois-énergie pour préserver l’environnement!

    2. Une Ressource Naturelle Renouvelable 

    Le charbon végétal provient principalement, pour ne pas dire exclusivement du bois, lequel constitue une ressource naturelle renouvelable.  Tout autant que la vitesse de renouvellement  de la ressource est supérieure à sa vitesse de consommation, il n’y a aucun danger du point de vue écologique.  Autrement dit, la forêt, le bosquet, l’ensemble bocager, l’arbre isolé constituent un capital qui fournit une production annuelle déterminée.  Si l’on se contente de consommer la production sans toucher au capital, tout va bien.  Mais, dès qu’on touche au capital, on épuise progressivement la ressource.  Rappelons que le bois couvre  1% des besoins énergétiques dans les pays riches, 75% en Afrique tropicale et équatoriale, 6,2% dans le sud-est Asiatique et en Océanie, 2,9% en Amérique du Sud et 9% en Chine, en Amérique Centrale ou dans les Caraïbes. Le bois couvre dans notre pays 71% des besoins énergétiques.  Ce qui fait d’Haïti un cas aberrant en Amérique.  C’est l’Afrique tropicale dans la Caraïbe. 

    3.  Propriétés Physiques

    L’humidité, la densité et la superficie spécifique sont les propriétés physiques les plus importantes du charbon de bois. L’humidité du bois influe beaucoup plus sur le rendement obtenu que la nature de l’espèce concernée.  Plus l’humidité du bois est grande (supérieure à 20%), moins le rendement est élevé.  La densité apparente du charbon végétal varie entre 0,17 et 0,50 g|cm3  tandis que la densité réelle (poids|volume du charbon sans les espaces lacunaires) peut osciller entre 1,5 et 2,0 Kg|dm3.  La différence observée entre la densité apparente et la densité réelle reste une conséquence du pourcentage élevé de pores rencontrés dans le charbon.  La superficie spécifique varie entre 1 à 2 m2 /g.  Le charbon dit actif accuse une superficie spécifique relativement élevée. 

    4.  Propriétés Chimiques 

    Les propriétés chimiques du charbon végétal sont fonction de la matière première utilisée, de la température de carbonisation et des techniques de production.  La teneur en carbone qui varie de 72 à 89%, reste de loin, la propriété la plus significative.  Le charbon renferme également 2 à 6% d’hydrogène, 4 à 41% d’oxygène et 0,2 à 0,4% d’azote selon la température de la pyrolyse.  Le pouvoir calorifique demeure aussi une propriété importante qui augmente avec le contenu en carbone.  Pour des températures de carbonisation comprises entre 450 et 6000 C, le pouvoir calorifique peut tourner autour de 7500 Kcal / kg. On parle de pouvoir calorifique inférieur quand on laisse échapper à l’air libre les gaz provenant de la combustion et de pouvoir calorifique supérieur quand de tels gaz sont recueillis sous une forme condensée. 

    5.  Utilisation du Charbon de Bois 

    Si le charbon de bois est bien connu comme source d’énergie, peu de gens savent qu’il peut donner lieu à diverses formes d’utilisation les unes plus importantes que les autres.  L’industrie des filtres met à profit la capacité du charbon à absorber certains gaz polluants.  Le Génie sanitaire utilise le charbon végétal comme matériel anti-contamination.  L’industrie pharmaceutique l’emploie comme anti-flatulent et dans l’absorption des substances toxiques.  La carbonisation permet en outre de recueillir un grand nombre de produits volatils comme le méthanol, l’acide acétique et l’acétone.  La fabrication de briquettes de charbon végétal dans des fours appropriés permet de recueillir ces gaz volatils dont la combustion produit de la vapeur, elle-même utilisée dans la production de l’électricité. 

    6.  Techniques de Production 

    Les technologies utilisées dans la production du charbon de bois cherchent à maîtriser des facteurs comme la vitesse de carbonisation, la durée de la pyrolyse ou le mode de dégagement des gaz produits durant la combustion.  Il existe différents systèmes de classification des technologies utilisées basées sur des  critères tels que la  nature de l’isolant utilisé pour éviter la combustion accélérée du bois, la source de chaleur employée pour sécher et brûler le bois, la durée de la pyrolyse, les instruments utilisés ou le volume de production obtenu.  Une classification très simple distingue les entreprises artisanales (meules traditionnelles, fosses de terre, etc.), les entreprises semi-industrielles (four brésilien-four Missouri, four Schwartz-etc.) et les entreprises industrielles (four Lambiotte-four Lurgi- four Pillard-etc.). 

    7.  Le Marché International 

    Le marché international du charbon de bois intéresse aussi bien les pays développés que les pays en voie de développement. Dans les premiers, le charbon végétal est surtout utilisé à des fins non-énergétiques à l’exception de la fraction consommée dans les barbecues.  Le marché du charbon actif est en hausse dans le monde.  La production  de charbon de bois en France est passée de 20 000TM/ an en 1977 à 60 000 TM en 1983.  Les exportations de l‘Espagne qui étaient de 20 000 TM en 1979 ont atteint un maximum de 90 000 TM en 1983 avec une tendance à la hausse.  Le Brésil emploie de préférence le charbon végétal dans son industrie métallurgique.  On estime à 400 millions de mètres cubes par an la quantité totale de bois carbonisé dans le monde.  La production de charbon de bois du Sénégal est évaluée à 200 000 TM par an.  En Thaïlande,
    cette production est de 3,2 millions de TM par an et au Brésil 10 millions de tonnes.  Le prix international du charbon de bois ne cesse d‘augmenter (indice de 100 en 1970 et plus de 1000 dans les années 90). 

    II.  LE CAS PARTICULIER D’HAITI. 

    Compte tenu de tout ce qui vient d’être dit, pourquoi alors, la production de charbon de bois est-elle un cauchemar en Haïti? Pourquoi le charbonnier est-il méprisé chez nous?  Pourquoi la production nationale de charbon de bois accélère-t-elle immanquablement la dégradation de l’environnement? 
    Mise en sac de charbon de bois
    Pourquoi veut-on opposer dans un duel sans intérêt les gaz de pétrole liquéfié (GPL) au charbon de bois?  Pourquoi l’Etat Haïtien s’est-il désintéressé du charbon de bois et du charbonnier?  Jusqu’à quand le pays peut-il continuer à produire du charbon de bois? A-t-on vraiment posé les questions fondamentales en parlant de la problématique du charbon de bois?  La science progresse beaucoup plus vite quand elle pose des questions nouvelles que quand elle apporte des réponses nouvelles à des questions anciennes.  Est-ce que la production du charbon de bois peut contribuer à une meilleure protection de l’environnement?  Telle est la question nouvelle à laquelle nous allons essayer de répondre. 

    1.  Une affaire de gros sous 

    Quand on parle de charbon de bois en Haïti, on parle d’un chiffre d‘affaires de plus de US $65 millions et d’une force de travail de plus de 150,000 emplois.  En guise de comparaison, le chiffre d’affaires des GPL ne dépasse pas US $6 millions et celui du Kérosène ne va pas au delà de US $3 millions.  Les revenus tirés de l’exploitation charbonnière sont distribués entre des milliers de gagne-petits contrairement à ce qui se passe dans d’autres sous-secteurs de l’énergie ou les bénéfices profitent seulement à un petit groupe. 

    2.  L’offre et la demande 

    Aujourd’hui, le pays consomme environ 300,000 TM de charbon de bois ou 117,000 Tonne Equivalent Pétrole (TEP).  Les 300,000 TM de charbon ou 1,5 million TM de bois de feu  représentent 37% de la consommation nationale de bois de feu évaluée à 4 millions de tonnes.  Les 2,5 millions TM restants sont consommés par les ménages ruraux, les boulangeries, les blanchisseries et les distilleries (guildives) qui sont en fait les plus gros consommateurs de bois de feu.  Toujours est-il que la production du charbon de bois est en hausse.  Elle était de 124,000 TM en 1983, cela fait bien un taux  d’accroissement de 6 % l’an.  Le décret de 1987 fait obligation aux entreprises de production de biens et de services qui consomment les 63% de l’offre totale de bois de feu d’utiliser un combustible de substitution mais cette prescription légale est restée lettre morte.  En jouant de la carotte et du bâton, ce décret aurait pu être appliqué sans trop de savoir.  Mais il eût été préférable qu’il soit mis
    en œuvre avec plus de savoir que de carotte et de bâton. 

    3.  Stratégie Nationale 

    La stratégie nationale de gestion durable du charbon de bois pourrait prendre quatre orientations fondamentales basées sur des options interdépendantes et complémentaires : 

    3.1  Faire du charbon de bois un produit stratégique 

    Les crises répétées du pétrole et les convulsions qui les accompagnent commandent de privilégier chez nous l’utilisation des énergies renouvelables.  Au nombre de ces dernières, figure en tête de liste le charbon de bois, du moins pour les 20 prochaines années avant d’être supplanté par l’hydro-électricité, le vent, le solaire, le biogaz ou autres  types d’énergie nouvelle.  L’ennemi ce n’est pas le charbon de bois per se.  L’ennemi, c’est notre manière de gérer la production du charbon de bois.  Il est possible d’utiliser la production de charbon de bois pour sauver l’environnement et promouvoir le développement durable. Seulement, cette production doit être durable.  Si la production du charbon végétal est durable, il n’y a pas de choix plus sage et plus rationnel pour un pays comme Haïti que de produire massivement du charbon de bois.  Au lieu de décourager la production du charbon végétal, il faut l’encourager et proclamer sa production d’intérêt public. ( Un pays comme Haïti, cela veut dire un pays moins avancé qui importe à la fois du pétrole et des céréales ). 

    3.2  Produire du charbon de façon durable 

    Ce qu’il  faut décourager et même bannir, c’est la production du charbon de bois telle qu’elle se pratique actuellement.  Le système actuel de production de charbon de bois provoque la dégradation de l’environnement par une gestion écologiquement non-durable : il surexploite les aires naturelles de production du charbon i.e. les zones semi-arides; il exploite la mangrove qui devrait être protégée et il dégrade la montagne humide qui est une source de biens agricoles, de biodiversité et  de revenus pour l’écotourisme.  Produire de façon durable exige la mise en place de plantations de bois de feu exploitées rationnellement.  Des projets dendro-énergétiques (ainsi qu’on appelle les plantations de bois de feu) ont été élaborés durant ces vingt dernières années pour le Nord-Ouest, la Savane désolée, le Nord-est et l’île de la Gonave avec ou sans assistance externe.  Ces projets
    restent dans les tiroirs et même le papier qui a servi de support à de tels documents n’est pas utilisé pour faire du charbon.  Pas un seul de ces projets n’a pu trouver une source de financement.  Pourquoi?  Parce que nos élites naïves et mal informées préfèrent maudire le charbon de bois et participer ainsi sans le savoir au grand complot contre l’autonomie énergétique.  Si on a des plantations de bois de feu i.e. du bois cultivé expressément pour la production de charbon, on pourra ainsi diminuer la pression sur la mangrove, sur les aires protégées et sur la montagne humide et par ainsi sauver l’environnement. 

    3.3  Plus de charbon pour moins d’arbres 

    A part le fait que le système actuel de production de charbon de bois détruit directement l’environnement, il constitue une source énorme de gaspillage des ressources naturelles.  Si les rendement obtenus dans les meules traditionnelles de production tournent, fort heureusement, autour de 20%, force est de reconnaître que leur productivité demeure relativement basse par rapport aux technologies améliorées.  Ces dernières permettent de produire plus de charbon avec moins d’arbres.  Utiliser des fours améliorés pour la production semi-industrielle et industrielle du charbon de bois à partir d’une matière première tirée de plantations dendro-énergétiques,  recueillir les gaz provenant de la pyrolyse pour la production d’électricité, former et informer les charbonniers, tout ceci est plus rentable que l’organisation périodique de tables rondes, de séminaires et d’ateliers de travail pour parler de dégradation de l’environnement et de programmes de substitution du charbon par les GPL  Et, c’est alors
    seulement qu’on pourra exporter du charbon de bois sur une base durable. Actuellement dans la partie nord du pays on exporte du charbon de bois à destination de certaines îles de la Caraïbe - ce qui est une catastrophe du point de vue écologique et économique même si c’est une aubaine sur le plan financier car le sac de charbon de bois exporté revient à US $34.00. 

    3.4  Moins de charbon pour plus d’aliments 

    Il est réconfortant de constater que certaines activités de recherche ont été enregistrées dans ce domaine, que des
    entrepreneurs nationaux ont choisi d’investir dans les réchauds améliorés que des agences de développement  ont accepté de financer certains projets y relatifs mais il est navrant de constater que les politiques publiques  n’ont pas beaucoup évolué dans ce domaine.  Quelles sont les règles qui régissent le marché des réchauds améliorés?.  N’est il pas opportun d’identifier les réchauds selon des normes nationales pré-établies, de veiller au respect de telles normes, de délivrer des certificats appropriés, de  standardiser les innovations technologiques et de garantir les droits de propriété intellectuelle des inventeurs?  Comment promouvoir l’utilisation massive des réchauds améliorés et passer de  36 000 à 2 millions de réchauds?.  Comment assurer dans ce domaine le succès des projets d’éducation relative à l’environnement sur une base significative?  Et pour finir la grande question de cohérence, la promotion de réchauds améliorés sans la gestion durable du charbon de bois n’est-elle pas un leurre voire une mystification étant donné que tôt ou tard il n’y aura plus de bois ni de charbon de bois?  Il ne faut pas confondre un problème d’efficacité énergétique avec celle de gestion durable d’une ressource naturelle. 

    En conclusion, il est temps d’élever, en plein Champ de Mars, une statue à la mémoire du charbonnier de jadis pour bien montrer qu’il y a une ère qui finit et qu’une nouvelle va commencer avec le charbonnier de demain qui sera un industriel intéressé à l’intégration horizontale et verticale de l’entreprise de production.  Le charbonnier actuel n’est pas le responsable de nos malheurs puisqu’il est un bourreau qui exécute une sentence.  L’auteur intellectuel du crime lèse -environnement, ce sont nos élites.  La réparation des torts causés à l’environnement doit donc venir des élites dans le sein duquel doivent sortir les nouveaux charbonniers. Il demeure entendu que le problème énergétique étant global, la solution à ce problème doit aussi être globale. 
     
    Editeur responsable : Andreas Massing
    Auteurs: Mildred D. Régis, Wilfrid St-Jean
    Conseiller technique: Bétonus Pierre 
    Edition Internet: Wilfrid Saint Jean 
    avec le soutien technique du REHRED
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    Bulletin Synergies, CARE / BME
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    Port au Prince Haïti
    05/05/01
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